1Co 12,31 – 13,8; Jn 15, 9-11
Le texte de l'évangile que nous venons de lire est celui que propose la liturgie du jour, en rappel de l'habitude de Bernard de faire chaque jour une place à la Parole de Dieu, pour réfléchir et prier. « Si vous êtes fidèles à mes commandements, dit Jésus, vous demeurez dans mon amour ». Le « si vous êtes fidèles » représente l'espace de liberté qui est donné à chacun pour formuler sa réponse à cet appel du Christ. Bernard savait bien que le Seigneur dans son amour reste présent à tous, même au pire des méchants. Mais il savait aussi que lorsqu'on entre dans la loi de l'amour, non pas comme un commandement extérieur qui viendrait contraindre – et qui dès lors ne serait plus de l'amour – mais comme une inspiration et une impulsion donnée et reçue, à la fois personnelle, impérieuse et profonde, on entre en même temps dans un univers qui nous mène à l'intimité de Dieu; de sorte que toute la vie est comme marquée de son empreinte et que les actions vécues laissent derrière elles des sillages de paix et de joie : « ma joie sera en vous et vous serez comblés de joie ».
On dit parfois qu'une personne qui meurt, c'est un peu comme un livre qu'on ferme. Je préfère dire qu'un chrétien qui meurt, c'est une page d'Évangile qui nous est offerte. Beaucoup ici ont connu Bernard de près et savent plus que moi que la Parole proclamée ce matin représentait vraiment l'idéal de vie qu'il s'était donné et qu'il a humblement contribué à réaliser dans le quotidien de son existence.
Je ne voudrais pas faire son hommage mais évoquer tant d'aspects de sa vie qui sont des échos de l'Évangile. Bernard, c'était l'homme de la famille. Les événements de famille étaient très importants pour lui, tant dans sa famille d'origine que dans le foyer qu'il bâtira plus tard avec France et ses trois enfants. Son grand-père maternel, qui était médecin hygiéniste, le met au monde le 20 mars 1949. Un grand-papa qu'il va connaître et aimer, qui va l'inspirer et tracer en quelque sorte le chemin pour Bernard qui fera carrière en santé communautaire.
Et, en même temps, ce même 20 mars 1949, le jour de sa naissance, Bernard a été baptisé. Quand on considère aujourd'hui l'histoire de sa vie, c'est un signe qui devient tout à coup parlant. Les liens de famille si précieux pour Bernard ont été, au long de sa vie, bénis et purifiés par l'appartenance à une famille plus grande : celle de l'Église où mûrit cette mission d'aller porter du fruit à l'immense famille de l'humanité. Bernard s'est appliqué, toute sa vie, à être un frère en humanité en demeurant un homme d'action. Il est devenu médecin pour vivre l'idéal de la profession : aider le monde. Et son existence aura rebondi un peu partout sur la planète dans des projets communautaires, l'étude et la recherche. Heureux celui qui arrive au ciel et à qui le Seigneur dit : Viens, serviteur bon et fidèle, tu as fait profiter le monde de tes talents.
Bernard était tout aussi bien l'homme de l'harmonie – je devrais commencer par dire l'homme du chant et de la musique. Sa maman et sa grand-maman lui ont légué cet amour du chant qui lui fera fréquenter les chorales toute sa vie. Mais Bernard était aussi l'homme des relations harmonieuses, l'homme de l'équilibre, amical, écoutant, philosophe, et animé d'un leadership tout aussi apaisant qu'entraînant.
Il aimait la musique de Bach. Vous savez, une partition de Bach, c'est beau, mais tant que ça reste écrit, c'est inerte. Ça ne devient vivant que lorsque c'est joué par des instruments. Bien, il me semble que Bernard avait fait de sa vie un instrument pour jouer la mélodie infiniment variée de l’amour. Et sa partition, c'était la Parole de Dieu qui a été proclamée tout à l'heure : « J'aurais beau avoir toute la science et toutes les connaissances, s'il me manque l’amour, je ne suis rien. L'amour prend patience, rend service; il ne jalouse pas, ne se vante pas, ne s'emporte pas. Il ne cherche pas son intérêt mais trouve sa joie dans ce qui est vrai ».
Sans doute, Bernard n'était pas parfait. Mais il savait rafraîchir sa vie à une présence, celle du Christ, celui qui est l'amour premier et infini, l'amour qui supporte tout, qui fait confiance en tout, qui espère tout et qui endure tout, un amour si fort qu'il ne nous lâchera jamais et qu'il nous tirera même de la mort. Aussi l'urne funéraire de Bernard est-elle ce matin parmi nous son acte de foi silencieux. Il proclame par sa présence dans cette église : je crois que mon Rédempteur est vivant et que de mes yeux, je verrai Dieu mon Sauveur.
Oserais-je dire que Bernard était aussi l'homme de la joie, discrète, humble et profonde, celle que nous permet d'atteindre si souvent le beau chant et la musique et qui est le secret de l'âme. Quand je regarde une croix, et que je vois le montant vertical qui monte pour ainsi dire vers Dieu et la traverse horizontale qui va vers tous les humains, je me dis que la vie chrétienne est juste là, au point de rencontre de ces deux mouvements; et que sur cette croix, il y a un Seigneur vivant, qui a traversé la mort et qui nous invite à mettre entre ses bras toutes les morts et les misères de nos vies.
Bernard a traversé une longue maladie, mais même dans la souffrance, il n'a pas divorcé d'avec cette joie de savoir que le Seigneur était là avec lui, et il a offert à ses proches cette force paisible qui l'a accompagné jusqu'aux derniers moments. Et voilà aujourd'hui, son voyage terrestre est achevé. Après le Zaïre, le Niger, le Cameroun, les Îles Comores, le Sénégal, le Grand Nord québécois, les États-Unis et combien d'autres endroits encore, il aboutit au seuil de la maison du Père qui lui dit : Viens, serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton maître.
Quant à nous, il nous laisse devant la beauté de sa foi et des valeurs de sa vie. Mais je l'entends qui nous donne encore une mission. Vous savez qu'avec France, Isabelle, François et Mireille, il avait établi que la famille, sa famille avait une mission : être un havre de paix. Quelle mission accepterions-nous de considérer pour notre propre vie, au contact ce matin d'exemples et d'enseignements d'une si grande richesse? N'aurons-nous pas le goût d'emporter avec nous quelque chose de tout cela pour poursuivre notre route en nous appliquant, chacun pour notre part, à rendre le monde meilleur et un peu plus beau?
En mémoire de Bernard, pour qui l'assemblée dominicale était si précieuse, nous allons faire eucharistie. Saisissons l'occasion de déposer notre propre vie sur l’autel, plus spécialement dans les parties de nous-mêmes qui ont encore besoin d'être touchées et guéries par l'amour infini de Dieu qui se donne en nourriture. En sorte qu'avec Bernard et à cause de lui, nous trouvions un peu plus la paix en nous, cette paix que Dieu nous donne comme un avant-goût de la vie éternelle. Amen.
Denis Bélanger, ptre
Ce site a été réalisé par Dominic Bellavance et Mireille Duval